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02 | 06 | 2025

Edito

Chères toutes, chers tous, membres et ami·es de Lethica,

A l'occasion de la journée d'études portant sur les récits contemporains d'inceste, organisée par notre postdoctorante Kathia Huynh, celle-ci nous propose, pour la dernière Lettre de l'année universitaire, un dossier autour de quelques ouvrages sur le sujet, qui font état de nouveaux savoirs ainsi que de nouvelles manières de faire de la critique.

Le focus, rédigé par Ninon Chavoz, porte sur la philosophe française Joëlle Zask, et notamment sur le volet écologique de son oeuvre.

La rentrée de septembre dans notre institut s'ouvrira par le colloque "Formes et figures du triage" les 16 et 17 septembre, piloté par Francesca Cassinadri, postdoctorante de Lethica, Vittoria Dell'Aira, doctorante de l'ITI, et Laura Braun, médecin et ancienne étudiante du master Ethique.

En vous souhaitant bonne lecture, ainsi qu'un bel été,

Anthony Mangeon, coordinateur de l’iti Lethica
Suzel Meyer, ingénieure de recherche Lethica

Actualités des récits d'inceste (1986-2025). Enjeux génériques, médiatiques et éthiques
Entretien avec Cécile Cée autour de son livre 'Ce que Cécile sait. Journal de sortie d'inceste' (2024) :
'Faut-il être végane ? Éthique d'un mode de vie', de François Jaquet et Malou Amselek
Joëlle Zask

Focus

Joëlle Zask

Spécialiste de John Dewey, à qui elle a consacré sa thèse ainsi que plusieurs ouvrages de référence (Introduction à John Dewey, 2015), Joëlle Zask fut d’abord, comme ce représentant majeur du pragmatisme, une penseuse de la démocratie. Pour en avoir introduit les outils dès les années 1990, elle est considérée comme l’une des pionnières de la démocratie participative en France : elle a ainsi a placé au cœur de plusieurs ouvrages les places et autres lieux de rassemblements (Quand la place devient publique, 2018 ; Se réunir. Du rôle des places dans cité, 2022). Cette pensée des « places » est cependant aussi plus largement une pensée des « lieux » (Se tenir quelque part sur la terre : comment parler des lieux qu’on aime, 2023) : depuis La Démocratie aux champs, paru en 2016, la réflexion de Joëlle Zask sur la démocratie croise étroitement une préoccupation écologique, s’employant avec maestria à démontrer qu’à rebours de bien des préjugés, l’une ne saurait aller sans l’autre. Les trois ouvrages recensés ici se veulent représentatifs d’une entreprise intellectuelle poursuivie depuis maintenant vingt-cinq ans : fidèle aux principes du pragmatisme, Joëlle Zask propose moins un système qu’une méthode de pensée, moins une théorie qu’une attitude civique autant que philosophique – celle, peut-être du « hacker » qui « tire partie de ce qui est là et avance dans une sorte de brouillard qui les rend inclassables ».

Ninon Chavoz

Inceste, enjeux contemporains : littératures, arts, savoirs

Dossier

Inceste, enjeux contemporains : littératures, arts, savoirs

L'événement du 10 juin part d’un constat : l’essor, depuis les années 2020 et la publication de La Familia Grande de Camille Kouchner (2021) puis du Voyage dans l’Est de Christine Angot (2021) en particulier, des récits d’inceste, en littérature, mais aussi au cinéma (Cassandre, ou la mécanique des ombres d'Hélène Merlin, 2025) et dans les arts graphiques (Ce que Cécile sait. Journal de sortie d'inceste de Cécile Cée, 2024). Il s’agira d’établir les critères génériques d’un genre en formation, d’en faire la généalogie, d’observer les rapports entretenus avec les sphères sociales, médiatiques, éditoriales et politiques, et enfin d’en étudier les visées et les effets éthiques. Ces récits se caractérisent en outre par leur porosité aux sciences humaines et sociales, dont le présent dossier, ouvert par la notice notionnelle Inceste & Incestuel, présente les publications les plus récentes. Sans doute faut-il commencer par la référence devenue aujourd’hui incontournable : revenant de façon critique sur les théories structuralistes, représentées par Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier, et Maurice Godelier, Dorothée Dussy dans Le Berceau des dominations. Anthropologie de l’inceste (2013, rééd. 2021) étudie à partir du discours des agresseurs non la « théorie » de l’inceste mais la réalité de sa pratique, ce qui la conduit à réexaminer le « tabou » de l’inceste et à proposer le concept de « système inceste ». Dans le sillage de ses travaux, le collectif dirigé par Iris Brey et Juliet Drouar interroge l’existence d’une « culture de l’inceste ». Les travaux actuels sur l’inceste se caractérisent également par une entreprise de révision critique des savoirs et des méthodes issus de leur propre discipline, notamment par le recours aux classiques de la littérature. Tandis que Dans la maison de l’ogre. Quand la famille maltraite ses enfants (2017) de Bernard Lempert s’appuie sur Peau d’Âne de Perrault pour questionner la psychanalyse et l’anthropologie, Lucile Novat, dans De grandes dents. Enquête sur un petit malentendu (2024) relit Le Petit Chaperon rouge pour interroger les angles morts des traditions psychanalytique, mythocritique, ethnocritique et herméneutique.

Ce dossier a été constitué par Kathia Huynh dans le cadre de son postdoctorat « Le récit à l’épreuve de l’inceste (XIXe-XXIe siècle) », avec la participation d’Amélie Schickelé, étudiante du DU Lethica. Elle a rédigé la notice sur Le Voyage dans l’Est de Christine Angot dans le cadre du séminaire interdisciplinaire « Droit & Littérature » (« Les violences faites aux enfants, entre droit et littérature (XIXe-XXIe siècle) : maltraitance, violence éducative ordinaire et inceste »).

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